Histoire des Kannerezed noz (lavandières de la nuit) - Horizons Bretons

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Histoire des Kannerezed noz (lavandières de la nuit)

Aux moulins de Kerouat > Maison des meuniers.

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Yan' Dargent, Les Lavandières de la nuit, 1861, huile sur toile, 75 x 150 cm

Sur les landes marécageuses, les "kannerezed noz" (lavandières de la nuit) supplient le passant attardé de les aider à essorer leurs draps. Ce sont des "anaon", âmes condamnées à laver des linceuls du coucher au lever du soleil. Gare au malheureux qui, reconnaissant une parente défunte accède à la demande : s'il ne prend garde à tourner dans le même sens que la femme pour éviter de tordre le suaire, c'est son propre corps qu'il tordra dans le linceul.
Il s'effondrera, vidé de son sang...

La lavandière de la nuit (kannerez noz)
Loeiz Pabic était content: il avait bien vendu sa vache à la foire de Guémené et prit la route de Melrand de fort bonne humeur. Aussi s'arrêta-t-il à la "tavarn" de Talvern pour boire une bonne bolée de cidre. Quand il arriva du côté de la chapelle du Guellouit, la nuit était sombre et bien avancée. Du côté de la rivière , il entendit distinctement: tap! tap! tap!. Intrigué, il s'avança et vit une lavandière qui battait son linge.
- Que faites vous donc à laver si tard en cet endroit?
- Je lave le linceul de Loeiz Pabic qui sera en terre dans les trois jours.
Elle tourna sa tête vers lui et il vit alors son horrible face de spectre...Terrifié, les cheveux droits sur la tête, il prit ses jambes à son cou jusqu'à sa ferme de Melrand et raconta les faits à Maijosep sa femme. Elle se moqua de lui en disant qu'il n'aurait pas dû s'arrêter à Talvern boire du cidre. Il mangea quand même sa soupe, se coucha et dormit fort mal.
Au matin, Maijosep voulut le réveiller.Il était raide mort.



La lavandière de la nuit est bien là.
Un soir de veillée au coin du feu à Keramborgne, on parlait de revenants, d'esprits, de fantômes et d'apparitions de toutes sortes.
Laouic Mihiac disait avoir vu la lavandière de la nuit lavant un linceul au clair de lune, attendant le voyageur attardé pour l'aider à le tordre et à l'égoutter.
Malheur à l'imprudent qui l'écoute! Car il ne sait pas qu'Il faut alors impérativement le tordre dans le même sens qu'elles pour qu'elles se lassent et abandonnent. Malheur à celui qui se trompe, il a les bras happés et brisés par le linge qui finit par l'entourer jusqu'à l'étouffer. S'il refuse de les aider elles l'enroulent dans les linges et le noient dans le lavoir, tout en le frappant avec leurs battoirs. Elle lui tord les bras, puis tout le corps. Le lendemain, on le trouve mort près du doué.
C'est ce qui arriva au malheureux Tanic Kloarec de Pont-ar-goazan une nuit qu'il s'était attardé à boire au bourg de Plouaret.

En fait le mythe des lavandières de nuit est présent dans de nombreuses régions, sous des noms divers :
Angleterre : Night washerwoman
Bretagne : Kannerez-noz (breton)
Écosse : Bean nighe
Île de Man : Ben niaghyn
Irlande : Bean niochain
Pays Basque : Lamina
Portugal : Lavandeira Da Noite
Suisse romande : Gollières à noz

Lavandières de la nuit © Musée de Bretagne A. Amet

Les lavandières nocturnes appartiennent à la grande famille des dames blanches. Si la raison de leur présence connait de nombreuses variantes, elles ont pour l'essentiel des caractéristiques communes :
Elles ne se manifestent que la nuit, et plutôt les nuits de pleine lune ou de la Toussaint.
Elles n'apparaissent qu'aux hommes seuls.
Elles sont un mauvais présage et sont dangereuses si on les approche.
Elles sont souvent âgées, d'un aspect pitoyable, mais restent robustes.
Elles sont les fantômes de femmes mortes qui reviennent pour expier une faute dont l'origine varie :

On dit, que ces lavandières d'un genre particulier on une apparence de vielle femme, mais que leurs tailles est bien plus grande que celle d'un grand gaillard. Elles traversent les étendues d'eau comme les étendues de joncs ou de ronces. Pour les faire disparaître il faut gagner rapidement une étendue de terre fraîchement labourée car elles s'y enfoncent et s'évaporent.
Ces créatures fantomatiques qui n’apparaissent qu’aux hommes, hantent les campagnes entre le coucher et le lever du soleil.

Selon George Sand, les lavandières de nuit sont des mères qui sont maudites pour avoir tué leurs enfants:
« Les véritables lavandières sont les âmes des mères infanticides. Elles battent et tordent incessamment quelque objet qui ressemble à du linge mouillé, mais qui, vu de près, n’est qu’un cadavre d’enfant. Chacune a le sien ou les siens, si elle a été plusieurs fois criminelle. Il faut se garder de les observer ou de les déranger ; car, eussiez-vous six pieds de haut et des muscles en proportion, elles vous saisiraient, vous battraient dans l’eau et vous tordraient ni plus ni moins qu’une paire de bas. »
Comme l'écrit Maurice Sand :
« À la pleine lune, on voit, dans le chemin de la Font-de-Fonts (« Fontaine des Fontaines ») d’étranges laveuses ; ce sont les spectres des mauvaises mères qui ont été condamnées à laver, jusqu’au jugement dernier, les langes et les cadavres de leurs victimes. »


Selon une autre tradition, il s'agit de lavandières qui étaient chargées de laver le linge des pauvres. Par cupidité, elles remplaçaient le savon par des cailloux avec lesquels elles frottaient le linge. Non seulement celui-ci ne pouvait redevenir vraiment propre, mais il était terriblement abimé par ce traitement. Pour les punir de ce forfait, elles ont été condamnées à laver éternellement des linges qui restent sales.


Selon les légendes des Corbières occidentales en Languedoc, les fées lavandières peuplent les grottes et les endroits ténébreux, sortent la nuit et vont laver leur linge avec des battoirs d'or dans le Lauquet (rivière affluant de l'Aude) ou les ruisseaux voisins. Elles sont terrifiantes d'aspect et peuvent avoir deux têtes. On les trouve largement représentées dans toutes les Corbières occidentales et le Limouxin (Rennes-les-Bains, Sougraigne, Fourtou, Laroque-de-Fa, Ginoles, Couiza, Limoux, Brugairolles, Malviès, etc...


Selon une tradition bretonne, il s'agit de défuntes qui ont été ensevelies dans un linceul sale:

Breton                                                                 Français                          
Quen na zui kristen salver                             Jusqu'à ce que vienne un chrétien sauveur      
Rede goëlc'hi hou licer                                   Il nous faut, blanchir notre linceul
Didan an earc'h ag an aër.                              Sous la neige et le vent.


Pour d'autre, il s'agirait de lavandières qui auraient transgressé la règle religieuse du repos dominical et, de ce fait, seraient condamnées à travailler pour l'éternité (on retrouve des éléments proches dans les légendes de naroues, naroves ou naroua de certaines vallées savoyardes.  


George Sand indique elle-même l'origine triviale de cette croyance :
« Nous avons entendu souvent le battoir des laveuses de nuit résonner dans le silence autour des mares désertes. C’est à s’y tromper. C’est une espèce de grenouille qui produit ce bruit formidable. Mais c’est bien triste d’avoir fait cette puérile découverte et de ne plus pouvoir espérer l’apparition des terribles sorcières, tordant leurs haillons immondes, dans la brume des nuits de novembre, à la pâle clarté d’un croissant blafard reflété par les eaux. »

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