Le fest-noz - Horizons Bretons

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Le fest-noz

Loisirs Breton

Fest noz, terme qui, traduit mot à mot en français signifie "fête de nuit", ne s'applique pas à toute fête se déroulant de nuit en Bretagne. Il désigne, non pas un spectacle de danses bretonnes, mais une soirée de danses traditionnelles bretonnes à laquelle toute l'assistance est appelée à participer.

Il n'en a pas toujours été ainsi. Dans l'immédiat après guerre, et même au début des années cinquante alors que le renouveau culturel breton battait son plein - musique, danse, langue bretonne etc. - aucune manifestation "folklorique" ne faisait encore mention de soirées de ce genre, qui plus est, le terme de "fest noz" était inconnu avant la fin des années 50, dans la plus grande partie de la Bretagne.

C'est que pour comprendre le sens premier de cette fête de nuit bretonne, il faut se reporter à son terroir d'origine et aux circonstances qui en étaient l'occasion dans notre ancienne tradition populaire.



1-Le terroir d'origine du "fest noz" est la Cornouaille intérieure, plus précisément une partie de cette Cornouaille intérieure, se limitant dans les années 20 à une dizaine de cantons dont quatre dans le Finistère, soit Carhaix, Huelgoat, Châteauneuf-du-Faou, Pleyben.

2-Deuxième caractéristique du "Fest noz" d'autrefois : il ne se déroulait jamais en ville, mais toujours à la campagne, à la ferme même où elle clôturait les grandes journées de travail en commun, notamment : an dornadeg (battage du blé), an dennadeg avalou douar (arrachage des pommes de terre), plus anciennement, an difontadeg (écobuage), al leur nevez (l'aire neuve ou réfection de la cour de ferme ou du sol de l'habitation qui était en terre battue). Le repas de noces à la ferme était aussi suivi naturellement d'un "fest noz".

3-Troisième caractéristique de cette fête de nuit paysanne, les danses se faisaient exclusivement au son de la voix, "gand daou ganer o ren an dans", avec deux chanteurs conduisant la danse. Comme l'a expliqué fort justement J.M. Guilcher, auteur de la Tradition populaire de danse en Basse Bretagne, chaque chanteur (danseur) démarre sur les dernières notes de la phrase dite par son camarade, qu'il double à l'unisson, avant de dire seul la sienne propre, qui sur la fin appellera le même recouvrement des voix. C'est la technique du "Kan ha diskan' ("chant et déchant").

Ce "fest noz" du paysan de l'ancienne tradition était encore bien vivant à la fin des années 20 et dans certains endroits, Maël Carhaix, Rostrenen, jusque vers 1935, pour tomber en désuétude partout à la fin des années 30.

Défrichage, moisson deux bonnes occasions de danser.

Après un réveil spontané mais éphémère dû au repliement des campagnes sur elles mêmes dans les années 41-42-43, la fête de nuit paysanne n'était pratiquement plus qu'un souvenir à la fin des années 40. Mais un souvenir bien vivant pour certains jeunes animateurs tels que P. Huiban, L. Ropars, R. Le Béon, bien décidés à remettre en honneur le chant et la danse chantée de leur terroir.

Dès l'été 39, puis surtout dans les premières années de l'après guerre, le public des fêtes bretonnes ou fêtes folkloriques apprend à connaître et à apprécier la dañs tro chantée en 3 parties présentée sur scène désormais, et le plus souvent en ville, par le cercle celtique "Mesaerien Poullaouen" d'abord, puis par d'autres cercles.

Le 26 décembre 1954 marquera une étape décisive dans le retour aux sources avec l'organisation à Poullaouen d'une grande journée consacrée pour la première fois au 'kan ha diskan' avec un concours ouvert à tous les âges. Cinq autres journées annuelles suivront à Poullaouen, Spézet, Châteauneuf-du-Faou, Gourin, où spectacles de danses alternent avec sketches en breton et audition de 'kanerien diskanerien'. Avant même la deuxième édition du concours 'kan ha diskan', le 30 Octobre 1955, nouvelle grande première à Poullaouen, avec l'organisation pour la première fois d'un 'fest noz' en salle de danses et non plus à la ferme comme autrefois.

C'est à la fois le retour à la tradition et l'adaptation aux nouvelles conditions de la vie sociale et économique (exode rural, développement des communications, etc.).

On y danse au "kan ha diskan" mais c'est dans la salle de danses du bourg, réservée jusque là aux bals et à leurs danses modernes et citadines. D'autre part les chanteurs, relayés de temps en temps par des couples de sonneurs chantent sur scène, le plus souvent devant un micro, et séparés des danseurs.

Ce "fest noz" nouvelle formule prend son essor définitif dès 1957, se répand rapidement dans tout son terroir d'origine, puis s'étend progressivement à tout le pays bretonnant et même à toute la Bretagne. Cependant la fête de nuit bretonne évolue progressivement, surtout à partir des années 70. Le répertoire de danses, limité au départ à celui du terroir d'origine, intègre progressivement des danses de toute la Bretagne, et les nouveaux orchestres tout comme les "bagadou" (pluriel de "bagad", lui même abréviation du Breton "bagad ar sonerion", signifiant  ensemble de sonneurs). y jouent un rôle de plus en plus important.

L'action entreprise il y a quelques lustres a donc poté ses fruits. La danse traditionnelle bretonne a retrouvé avec le "fest noz" - et la manifestation citadine correspondante créée à Kemper en 1958, sous le nom de "bal breton" - sa destination première de danse collective.


Les sonneurs.

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