Un métier infâme - Horizons Bretons

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Un métier infâme

Aux moulins de Kerouat

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Une longue histoire.


Dès le début du xvIIe siècle, la tannerie apparait comme une activité florissante à Landivisiau et dans les paroisses voisines.
Cette activité, qui prend ses racines dans le Moyen Age, alimente, avec le tissage de la toile, une économie tournée vers l'exportation dans les ports de Morlaix et landerneau.
Jusqu'à la révolution, 165 établissements fonctionnent dans la vallée de l'Elorn, dont 148 autour de Lampol-Guimiliau.
Chaque tannerie emploie de 5 à 15 ouvriers, selon les saisons.
La seconde moitié du 19e siècle voit la fin des exportations vers l'Espagne, le Portugal et leurs empires coloniaux. L'activité des tanneries ne cesse alors de décroitre, en dépit d'un regain dans les années 1870.Une longue histoire.
En 1910, il ne reste que 20 tanneries dans la vallée de l'Elorn. Elles disparaissent complètement à la fin du 20e siècle, parallèlement au déclin de l'industrie de la chaussure à Fougères.


Un métier infâme.


La très ancienne coutume de Bretagne rédigée entre 1330 et 1340 pour le duc Jean III classe le métier de tanneur parmi ceux auxquels est attachée de fait la notion de métier infâme.

" Ceux qui sont vilainâtres de quelques lignages qu'ils soient, qui s'entremettent de vilains métiers comme être...escorcheurs de chevaux, de vilaines bêtes, porteurs de plateaux en tavernes, crieurs de vins, pelletiers, menestriers et vendeurs de vent."

L'infamie de fait attachée à ces métiers entraine la dégradation civique et la privation de quelques droits.

"L'infâme ne doit être sénéchal, juge, ni arbitre, ni autre officier, tuteur, curateur, administrateur, ni procureur, ni être témoin, car rien qu'il fit (en ces qualités) ne devrait tenir ni être de nulle valeur."

L'infamie de fait sera supprimée en 1539, déjà, Jean V, conscient de l'intérêt économique de cette activité, avait voulu que les ouvriers puissent exercer leur métier
" sans être reprouchés d'aucune injure et infâmie...attendu que le cuir est prouffitable à faire de bonnes oeuvres nécessaires et convenables au bien commun...comme ces cuirs de chevaux dont on fait bouteille et des cuirs de chiens dont on fait de bons gants."
Le duc exonère de droits les cuirs vendus en foire.


Extrait de "Le Parfum", de Patrick Suskind. Edition Fayard, Paris 1986.

"Le soir, il se laissait sagement enfermer dans un appentis jouxtant l'atelier et ou l'on entreposait des outils et des peaux brutes traitées à l'alun. Il y dormait à même le sol en terre battue.
Durant le jour, il travaillait tant qu'on y voyait clair, en hivers huit heures, en été quatorze, quinze, seize heures: il écharnait les peaux qui puaient atrocement, les faisait boire, les débourrait, les passait en chaux, les afféctait à l'acide, les meurtrissait, les enduisait de tan épais, fendait du bois, écorçait des bouleau et des ifs, descendait dans les cuves remplies de vapeurs âcres, y déposait en couches successives les peaux et les écorces, selon les instructions des compagnons, y répendait des noix de galle écrasées et recouvrait cet épouvantable entassement avec des branches d'ifs et de la terre.
Apres une éternité, il fallait de nouveau tout exhumer et tirer de leur tombeau les cadavres de peaux momifiés par le tannage et transformés en cuir."

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