Dremmwel Breizh

                 Horizons Bretons

Kristine T
Dominik K

La  Bio Diversité En Bretagne 

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Au quotidien.

L'heure c'est arrêtée sur un instant de vie. L'horloge en a perdu ses aiguilles. Désormais, le saloir de granit restera vide.

Le lard, découpé en quartiers, est bien enduit de gros sel gris, et déposé en couches abondamment saupoudrées de sel dans le saloir (ou charnier), avant d'être suspendu dans la cheminée pour être fumé. Andouilles, saucissons et saucisses sont également fumés.

Le beurre est salé au sel fin et marqué. La marque à beurre est un petit ustensile du quotidien.

Cette marque avait un triple usage :

- Elle permettait à tout fabriquant de beurre de signer sa motte avant de la vendre, l’apposition de la marque permettait donc d’identifier la provenance de la motte.

- Avec son décor, la marque à beurre permettait de décorer de manière élégante et originale son beurre, vous verrez aussi que ces décors possèdent des significations.

- Certaines marques apposées garantissaient le poids de la motte et la qualité du beurre.



La soupe était cuisinée dans un chaudron, sur un trépier dans la cheminée. Elle se mangeait dans des bols en bois. Les gens mangeaient souvent dans le même plat ; les assiettes ne sont apparues que plus tard et beaucoup ne savaient pas manger dans ce "nouveau couvert".

La pomme de terre : c'était une denrée rare dans quelques coins de campagne il y a un siècle à peine. Elle était cependant régulièrement servie ; au repas du soir (koan) on les cuisinait souvent avec un oignon le tout jeté dans du saindoux fumé roussi, couvert d'eau, cuisson prolongée jusqu'à ce que toute l'eau soit bien évaporée pour que le fond soit bien gratiné (kreienet). Certain en faisait le plat rituel, patatez disec'h - pommes de terre avec un morceau de lard qui les imprégnait

On la mangeait même le matin en soupe ; le midi, en général, on les accompagnait d'un morceau de lard et de lait.

Quand on tuait le cochon, on en donnait un morceau aux voisins et amis.

Les cadeaux alimentaires : Quel que soit l'occasion, on n'offrait jamais d'argent ; à l'occasion d'une naissance, on offrait en général une boite de sucre, des gâteaux, du café.

La cuiller en bois (en buis le plus souvent car ce bois était réputé pour ne pas donner de goût aux aliments) était le couvert principalement utilisé, son importance était telle qu'elle était souvent marquée d'un signe ou d'une inscription patronymique. 

De plus, quand un domestique en fin de contrat voulait signifier qu'il ne voulait pas rester plus longtemps, il ne raccrochait pas sa cuiller au porte cuiller. Il faut savoir que certains ne lavaient jamais leur cuiller, ils la léchaient dans leur bouche.

(La photo de porte cuillère du diaporama n'a pas été prise au moulin.)


Le couteau était aussi un couvert très personnel surtout chez les hommes. Le chef de famille signalait le début et la fin du repas en ouvrant ou en fermant son couteau qu'il essuyait sur sa cuisse, pour le ranger ensuite dans sa poche de pantalon. 

Ce couteau qui lui servait donc à table était aussi utilisé tout au long de la journée pour les petites utilisations courantes (couper un bâton, taillé un objet, ...).

La première fourchette en campagne est apparue juste avant la première guerre mondiale et pour la première fois dans les noces de campagne ; les premières fourchettes en fer apparurent dans les maisons après la guerre 14-18.

Assiette et cuillère en bois

Cafetière et moulin à café.

Cafetières

Moulin à café

Etagère à pain

Fer et cafetière chauffe dans l'âtre

Fer à repasser.

Mesure en bois pour le grain ou la farine

Jatte

Les enfants des villages alentours devaient se rendre au bourg à pied pour assister à l'école. Ce n'était pas toujours drôle quand on s'imagine que la marche s'effectuait avec des sabots de bois et par tous les temps.


Grange

La plupart du temps les gens se déplaçaient à pied ou en charrette tractée par un cheval ou même à cheval. 

Charette à bras.

L'étable, construite entre le 18e et 19e siècles, sert de lieu d'exposition sur les ardoisières.

A Commana et Plounéour-Menez, les carriers sont aussi la plupart de temps agriculteurs.

Le travail de l'ardoise est saisonnier.

Des abris de pierres sèches servent d'habitat temporaire et d'ateliers de taille.


Vue de la pose d'ardoise endroit, envers. Sur l'envers, on voit nettement la position des chevrons de bois

Le lavoir.

Marchons vers le moulin chandelier par le chemin creux (Hent donn), et faisons une pause au lavoir. C'est un lavoir d'hivers. Une source l'alimente. En continuant le chemin, un peu plus loin, un sentier mène à une fontaine rustique au milieu d'une prairie.

Les lavoirs sont des bassins publics alimentés en eau par une source, un cours d'eau ou encore par des rivières. Le passage au lavoir était le dernier passage avant le séchage car il servait à rincer le linge dans de l'eau claire après avoir été bouillit dans une lessiveuse posée sur un trépier au dessus du feu de la cheminée. A kerouat, le lavoir est alimenté par une source et une fontaine qui dépendait de la chapelle de Kerouat.



"A croupetons sur la pierre

Des vieux doués de chez nous,

Comme faisant leur prière,

Les femmes sont à genoux

Ô la prière effroyable

Qu'elles adressent au diable !"


Théodore Botrel. Les Cancans du lavoir.

Lavoir.

Fontaine.

En Bretagne, le linge n'était décrassé que deux fois l'an, en avril et en automne. Cela nécessitait une réserve impressionnante de draps, de taies, de torchons, de mouchoirs...

Le lavage ne se faisait qu'à la cendre de bois et pas n'importe laquelle, il fallait éviter celle de chêne et de châtaignier dont le tanin aurait taché le linge !

N'importe quelle lavandière savait que les racines de saponaires ajoutées à la charrée (Cendre de bois employée pour la lessive) valaient le meilleur des assouplissants tandis que des rhizomes d'iris parfumaient délicieusement la lessive.


Les blanchisseuses bretonnes ont une sombre déclinaison dans le peuple des légendes.



Sur les landes marécageuses, les "kannerezed noz" (lavandières de la nuit) supplient le passant attardé de les aider à essorer leurs draps. Ce sont des "anaon", âmes condamnées à laver des linceuls du coucher au lever du soleil. Gare au malheureux qui, reconnaissant une parente défunte accède à la demande : s'il ne prend garde à tourner dans le même sens que la femme pour éviter de tordre le suaire, c'est son propre corps qu'il tordra dans le linceul. Il s'effondrera, vidé de son sang...


Yan' Dargent, Les Lavandières de la nuit, 1861, huile sur toile, 75 x 150 cm

La lavandière de la nuit (kannerezed noz)

Loeiz Pabic était content: il avait bien vendu sa vache à la foire de Guémené et prit la route de Melrand de fort bonne humeur. Aussi s'arrêta-t-il à la "tavarn" de Talvern pour boire une bonne bolée de cidre. Quand il arriva du côté de la chapelle du Guellouit, la nuit était sombre et bien avancée. Du côté de la rivière , il entendit distinctement: tap! tap! tap!. Intrigué, il s'avança et vit une lavandière qui battait son linge.

- Que faites vous donc à laver si tard en cet endroit?

- Je lave le linceul de Loeiz Pabic qui sera en terre dans les trois jours.

Elle tourna sa tête vers lui et il vit alors son horrible face de spectre...Terrifié, les cheveux droits sur la tête, il prit ses jambes à son cou jusqu'à sa ferme de Melrand et raconta les faits à Maijosep sa femme. Elle se moqua de lui en disant qu'il n'aurait pas dû s'arrêter à Talvern boire du cidre. Il mangea quand même sa soupe, se coucha et dormit fort mal.

Au matin, Maijosep voulut le réveiller.Il était raide mort.




La lavandière de la nuit est bien là.

Un soir de veillée au coin du feu à Keramborgne, on parlait de revenants, d'esprits, de fantômes et d'apparitions de toutes sortes. 

Laouic Mihiac disait avoir vu la lavandière de la nuit lavant un linceul au clair de lune, attendant le voyageur attardé pour l'aider à le tordre et à l'égoutter.

Malheur à l'imprudent qui l'écoute! Car il ne sait pas qu'Il faut alors impérativement le tordre dans le même sens qu'elles pour qu'elles se lassent et abandonnent. Malheur à celui qui se trompe, il a les bras happés et brisés par le linge qui finit par l'entourer jusqu'à l'étouffer. S'il refuse de les aider elles l'enroulent dans les linges et le noient dans le lavoir, tout en le frappant avec leurs battoirs. Elle lui tord les bras, puis tout le corps. Le lendemain, on le trouve mort près du doué.

C'est ce qui arriva au malheureux Tanic Kloarec de Pont-ar-goazan une nuit qu'il s'était attardé à boire au bourg de Plouaret.

En fait le mythe des lavandières de nuit est présent dans de nombreuses régions, sous des noms divers :

Angleterre : Night washerwoman

Bretagne : Kannerez-noz (breton)

Écosse : Bean nighe

Île de Man : Ben niaghyn

Irlande : Bean niochain

Pays Basque : Lamina

Portugal : Lavandeira Da Noite

Suisse romande : Gollières à noz


Lavandières de la nuit © Musée de Bretagne A. Amet

Les lavandières nocturnes appartiennent à la grande famille des dames blanches. Si la raison de leur présence connait de nombreuses variantes, elles ont pour l'essentiel des caractéristiques communes :

Elles ne se manifestent que la nuit, et plutôt les nuits de pleine lune ou de la Toussaint.

Elles n'apparaissent qu'aux hommes seuls.

Elles sont un mauvais présage et sont dangereuses si on les approche.

Elles sont souvent âgées, d'un aspect pitoyable, mais restent robustes.

Elles sont les fantômes de femmes mortes qui reviennent pour expier une faute dont l'origine varie :

On dit, que ces lavandières d'un genre particulier on une apparence de vielle femme, mais que leurs tailles est bien plus grande que celle d'un grand gaillard. Elles traversent les étendues d'eau comme les étendues de joncs ou de ronces. Pour les faire disparaître il faut gagner rapidement une étendue de terre fraîchement labourée car elles s'y enfoncent et s'évaporent.

Ces créatures fantomatiques qui n’apparaissent qu’aux hommes, hantent les campagnes entre le coucher et le lever du soleil. 

Selon George Sand, les lavandières de nuit sont des mères qui sont maudites pour avoir tué leurs enfants:

« Les véritables lavandières sont les âmes des mères infanticides. Elles battent et tordent incessamment quelque objet qui ressemble à du linge mouillé, mais qui, vu de près, n’est qu’un cadavre d’enfant. Chacune a le sien ou les siens, si elle a été plusieurs fois criminelle. Il faut se garder de les observer ou de les déranger ; car, eussiez-vous six pieds de haut et des muscles en proportion, elles vous saisiraient, vous battraient dans l’eau et vous tordraient ni plus ni moins qu’une paire de bas. »

Comme l'écrit Maurice Sand :

« À la pleine lune, on voit, dans le chemin de la Font-de-Fonts (« Fontaine des Fontaines ») d’étranges laveuses ; ce sont les spectres des mauvaises mères qui ont été condamnées à laver, jusqu’au jugement dernier, les langes et les cadavres de leurs victimes. »

Selon une autre tradition, il s'agit de lavandières qui étaient chargées de laver le linge des pauvres. Par cupidité, elles remplaçaient le savon par des cailloux avec lesquels elles frottaient le linge. Non seulement celui-ci ne pouvait redevenir vraiment propre, mais il était terriblement abimé par ce traitement. Pour les punir de ce forfait, elles ont été condamnées à laver éternellement des linges qui restent sales.

Selon les légendes des Corbières occidentales en Languedoc, les fées lavandières peuplent les grottes et les endroits ténébreux, sortent la nuit et vont laver leur linge avec des battoirs d'or dans le Lauquet (rivière affluant de l'Aude) ou les ruisseaux voisins. Elles sont terrifiantes d'aspect et peuvent avoir deux têtes. On les trouve largement représentées dans toutes les Corbières occidentales et le Limouxin (Rennes-les-Bains, Sougraigne, Fourtou, Laroque-de-Fa, Ginoles, Couiza, Limoux, Brugairolles, Malviès, etc...

Selon une tradition bretonne, il s'agit de défuntes qui ont été ensevelies dans un linceul sale:

Breton Français 

Quen na zui kristen salver Jusqu'à ce que vienne un chrétien sauveur 

Rede goëlc'hi hou licer Il nous faut, blanchir notre linceul

Didan an earc'h ag an aër. Sous la neige et le vent.

Pour d'autre, il s'agirait de lavandières qui auraient transgressé la règle religieuse du repos dominical et, de ce fait, seraient condamnées à travailler pour l'éternité (on retrouve des éléments proches dans les légendes de naroues, naroves ou naroua de certaines vallées savoyardes. 

George Sand indique elle-même l'origine triviale de cette croyance :

« Nous avons entendu souvent le battoir des laveuses de nuit résonner dans le silence autour des mares désertes. C’est à s’y tromper. C’est une espèce de grenouille qui produit ce bruit formidable. Mais c’est bien triste d’avoir fait cette puérile découverte et de ne plus pouvoir espérer l’apparition des terribles sorcières, tordant leurs haillons immondes, dans la brume des nuits de novembre, à la pâle clarté d’un croissant blafard reflété par les eaux. »

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